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Avis Brume éternelle : une dystopie sombre et inquiétante

Il s’agit d’une dystopie particulièrement sombre, avec un héros qui semble accepter le système tout en se révélant beaucoup plus malin qu’il n’y paraît.

Et c’est probablement ce qui rend Brume éternelle intéressant : derrière une enquête en apparence classique se cache une réflexion sur la surveillance, la peur, le pouvoir et la capacité d’un individu à résister lorsqu’il vit dans une société où tout semble déjà joué d’avance.

Né en 1959 à Lyon, Thierry Di Rollo est l’une des figures singulières de la science-fiction française. Son parcours est assez atypique : avant de devenir écrivain, il a notamment travaillé dans l’informatique et la programmation sous Unix. Il a également été bassiste dans un groupe de musique.

Il publie son premier roman, Number Nine, en 1997, avant de poursuivre avec Archeur. C’est ensuite avec les romans qui formeront sa « Tragédie humaine » qu’il va véritablement construire son univers littéraire. La Lumière des morts, La Profondeur des tombes, Meddik et Les Trois Reliques d’Orvil Fisher en constituent notamment les premiers jalons.

Son œuvre est connue pour sa noirceur. L’éditeur ActuSF le décrit d’ailleurs comme un écrivain qui ne laisse pas indifférent, certains le considérant comme l’un des meilleurs auteurs français de science-fiction tandis que d’autres sont déstabilisés par le caractère sombre et obsessionnel de ses romans. Di Rollo s’est pourtant aventuré dans plusieurs territoires de l’imaginaire : fantasy avec Bankgreen et Elbrön, polar avec Préparer l’enfer, space opera avec Drift, ou encore récit post-apocalyptique avec Le Temps de Palanquine.

Il avait annoncé en 2019 vouloir mettre fin à sa carrière littéraire, avant de publier finalement Le Soleil des Phaulnes en 2022. Brume éternelle marque donc un retour particulièrement remarqué.

L’histoire nous emmène dans un futur proche, au sein du Régime francien, une société totalitaire où la surveillance est devenue une composante ordinaire de la vie quotidienne.
Notre personnage principal, Nov Bettany, travaille comme enquêteur pour ce régime. Pourtant, il n’a rien du héros révolutionnaire classique. Comme beaucoup d’autres, il baisse la tête, fait son travail et tente surtout de ne pas attirer l’attention du pouvoir.

Son quotidien consiste notamment à traiter des dossiers parfois absurdes, en prenant soin de ne pas franchir les limites imposées par le système. Mais une nouvelle affaire va bouleverser cette relative tranquillité : elle concerne le fils d’un haut dignitaire du régime. Dès lors, Nov Bettany se retrouve dans une situation où continuer à simplement obéir pourrait devenir beaucoup plus compliqué que prévu.

C’est ici que le roman prend une dimension particulièrement intéressante. Nov n’est pas présenté comme un rebelle évident. Il est plutôt un homme qui a appris à survivre dans un système oppressant et qui semble avoir compris comment fonctionner à l’intérieur de ses règles.

ActuSF le décrit justement comme un personnage qui « subit le système » tout en étant bien plus malin qu’il ne le laisse penser, avec une forme de résistance qui se construit progressivement.

Il est difficile de parler de Brume éternelle sans évoquer George Orwell et 1984. Les ressemblances ne résident évidemment pas uniquement dans la présence d’un régime autoritaire. On retrouve surtout une société où la surveillance, la peur et l’obéissance sont devenues normales.

La présentation officielle du livre assume d’ailleurs cette filiation en présentant Brume éternelle comme une œuvre de science-fiction « dans la droite ligne d’un 1984 moderne ». Mais Di Rollo ne semble pas chercher simplement à reproduire le modèle orwellien. Son approche passe davantage par son propre univers et par cette obsession de l’humanité qu’il développe depuis ses premiers romans.

La question devient alors moins « comment renverser le pouvoir ? » que « jusqu’où peut-on rester soi-même lorsque le système vous demande de renoncer progressivement à votre liberté ? »

Une étude universitaire consacrée à son œuvre souligne justement que l’une de ses principales sources d’inspiration semble être la manière profondément pessimiste dont il envisage la réalité humaine. Ses récits explorent régulièrement la violence, la mort, la perte, la déshumanisation et l’incapacité des individus à véritablement échapper à leur condition.

La particularité de Brume éternelle est donc aussi d’être un nouveau chapitre d’un ensemble plus vaste. La « Tragédie humaine » est constituée de récits qui proposent différentes visions d’un futur sombre et d’une humanité confrontée à sa propre disparition ou à sa propre dégradation. Les premiers romans du cycle ont été publiés au début des années 2000 et ont contribué à installer la réputation de Di Rollo. Avec ce nouveau texte, l’auteur revient donc à cet univers plusieurs années après ses précédentes incursions.

Et le choix d’une novella de seulement 120 pages paraît finalement cohérent avec le projet : plutôt que de construire un immense monde futuriste rempli d’explications, Di Rollo semble privilégier une situation précise, un personnage et une mécanique de pouvoir permettant de mettre directement le lecteur face à ses interrogations.

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Karma Shachou

Joueuse de RPG avant tout, elle a pourtant commencé avec Tetris sur les WC. La passion (geek, pas les WC) a persisté sur un blog en 2012 avec rien ni personne. Puis, elle a grandi avec de nombreux partenariats et quelques larbins en intérim. Touche à tout, jeux indé/AAA, sauf le sport, les FPS et les MMO (à part SWTOR, une religion de jeunesse), elle poursuit sa route vers la gloire et s'étend même dans d'autres domaines ! Par contre, il n'y a plus de place chez elle : ah les collections !!!

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