404 éditionsLectureLittérature

Avis Baldur’s Gate Astarion le roman officiel du vampire

Mais adapter un personnage aussi populaire que celui d’Astarion dans un livre représente un véritable défi. Comment retrouver son humour mordant, son goût pour les répliques piquantes et cette personnalité complexe qui se cache derrière son sourire charmeur ? Surtout, comment raconter son histoire avant les événements de Baldur’s Gate III, lorsque son existence était encore entièrement soumise à la volonté de son maître ?

C’est ce que nous propose T. Kingfisher avec ce préquel officiel, qui nous invite à découvrir une période particulièrement sombre de la vie de notre vampire préféré.

Je suis obligée de passer par là pour être compréhensible de tous. Donc, avant de parler du roman, revenons un instant sur l’univers dont il est issu.

La saga Baldur’s Gate puise ses racines dans Donjons & Dragons, le célèbre jeu de rôle sur table. Elle nous entraîne dans les Royaumes Oubliés, un univers de fantasy peuplé de créatures fantastiques, de magiciens, de dieux, de héros et de personnages dont les intentions ne sont pas toujours aussi nobles qu’ils le prétendent.

Le premier Baldur’s Gate, développé par BioWare et sorti en 1998, a marqué l’histoire du RPG sur ordinateur. La série a ensuite évolué au fil des années, jusqu’à l’arrivée de Baldur’s Gate III, développé par Larian Studios et sorti en accès anticipé en 2020, avant son lancement complet en 2023. Ce troisième opus a rencontré un succès considérable grâce à son univers foisonnant, ses combats tactiques au tour par tour, ses nombreuses possibilités de dialogue et, surtout, ses compagnons particulièrement travaillés.

Car si l’on se souvient de l’histoire principale, ce sont souvent les personnages qui nous marquent le plus. Chacun possède son passé, ses blessures, ses convictions et ses propres objectifs. Nos décisions peuvent transformer leurs destinées, influencer leurs relations avec le protagoniste et parfois modifier profondément leur avenir. Astarion fait incontestablement partie de ces personnages qui ont su conquérir le public. Derrière son élégance, ses remarques acerbes et son apparente désinvolture se cache pourtant une histoire bien plus douloureuse qu’il n’y paraît.

Derrière le pseudonyme T. Kingfisher se cache Ursula Vernon, une autrice et illustratrice américaine qui s’est fait connaître grâce à ses œuvres destinées aussi bien aux adultes qu’aux jeunes lecteurs. Son parcours littéraire est particulièrement varié. Elle a écrit de nombreux romans et nouvelles, en explorant différents registres de la fantasy, de l’humour et de l’horreur. Cette diversité constitue un atout intéressant pour s’attaquer à un personnage comme Astarion, qui oscille constamment entre ironie, séduction, cruauté et vulnérabilité.

Car écrire sur lui ne consiste pas simplement à multiplier les répliques sarcastiques ou à le présenter comme un vampire irrésistible. Son charme est aussi une manière de se protéger, une façade derrière laquelle se dissimulent des années de souffrance et une profonde difficulté à faire confiance aux autres.

L’autrice a donc essayé de trouver un équilibre délicat entre le personnage que les joueurs connaissent et une histoire capable de fonctionner indépendamment du jeu. Le roman étant une œuvre officielle sous licence, il s’inscrit dans l’univers de Baldur’s Gate III. Il ne s’agit donc pas simplement d’une histoire de fan inspirée du jeu, mais d’une nouvelle aventure littéraire consacrée à l’un de ses compagnons emblématiques.

Dans Baldur’s Gate III, Astarion apparaît comme un elfe vampire particulièrement théâtral. Il aime provoquer, manipuler et jouer avec les apparences. Son humour et son assurance donnent parfois l’impression qu’il ne prend rien au sérieux. Pourtant, derrière cette attitude se cache un passé terrible.

Avant les événements du jeu, Astarion Ancunín était un magistrat. Sa vie a basculé lorsqu’il est devenu le rejeton vampirique de Cazador Szarr, un puissant seigneur vampire qui l’a maintenu sous son emprise pendant des siècles. Privé de sa liberté et contraint d’obéir aux ordres de son maître, Astarion a vécu dans la peur et la soumission. Ses sorties nocturnes avaient notamment pour objectif de ramener des victimes à Cazador. Même ses besoins les plus élémentaires étaient soumis aux règles imposées par celui qui le contrôlait.

Le roman nous ramène à cette période de son existence, bien avant qu’il ne rejoigne les héros de Baldur’s Gate III. Lorsque Cazador organise une compétition particulièrement perverse pour gagner ses faveurs, Astarion entrevoit une occasion de changer son destin. Une récompense rare est en jeu : le sang d’un dieu mort, dissimulé dans les profondeurs de la Porte de Baldur.

Pour parvenir à ses fins, il doit toutefois s’allier à Hahn den Suriel, un séduisant paladin aasimar. Cette alliance inattendue l’oblige à prendre des risques et à envisager des possibilités qui lui étaient jusqu’alors interdites. Mais comment accorder sa confiance à quelqu’un lorsqu’on a passé des siècles sous la domination d’un être qui a fait de la manipulation et de la souffrance des instruments de pouvoir ?

Et surtout, peut-on réellement se libérer de son passé lorsqu’il a façonné chaque aspect de notre personnalité ? Le roman s’appuie sur cette situation pour développer une aventure mêlant intrigues, dangers, alliances incertaines et sentiments naissants.

C’est probablement la question que se poseront de nombreux joueurs avant de se lancer dans cette lecture. Sur le papier, le roman possède de solides arguments. Il s’intéresse à une période importante de l’histoire d’Astarion, met en scène Cazador et s’inscrit dans l’univers officiel des Royaumes Oubliés. Il permet également de découvrir des éléments de son passé qui ne sont pas nécessairement développés de la même manière au cours d’une partie.

Je dirais que la fidélité est contrasté. T. Kingfisher reprend la personnalité du vampire notamment l’humour, les dialogues, les émotions et la possibilité de retrouver un personnage auquel un joueur s’est attaché. On peut également estimer que l’autrice connaît suffisamment son sujet pour proposer une aventure qui s’intègre naturellement à l’univers de Baldur’s Gate.

D’autre part, le livre n’approfondit pas suffisamment les conséquences psychologiques du passé d’Astarion. Etre fidèle à un personnage ne signifie pas seulement reprendre son apparence, ses expressions ou son humour. Il faut également respecter les expériences qui ont façonné sa personnalité. Dans le cas d’Astarion, cet équilibre est particulièrement délicat. Son ironie fait partie de son identité, mais elle coexiste avec une histoire de domination et de violences qui ne peut être traitée comme un simple ressort comique.

Le roman semble donc proposer une interprétation littéraire du personnage plutôt qu’une reproduction parfaite de celui que chaque joueur a appris à connaître. Et c’est finalement assez logique : dans un RPG, notre perception d’un compagnon évolue en fonction des dialogues, des choix et des relations que nous construisons avec lui. Chaque joueur peut ainsi développer une vision légèrement différente d’Astarion.

La véritable question n’est donc pas seulement de savoir si le personnage ressemble à celui du jeu, mais si cette nouvelle histoire parvient à rendre crédible sa personnalité tout en donnant du sens à son parcours.

Note 5 étoiles Le Blog Geek

Un autre livre tiré de jeu ici
ou un autre ici

💜 Aidez-nous en partageant cette page, cela nous permet de vous proposer plus de contenu!


En savoir plus sur Le Blog Geek

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Karma Shachou

Joueuse de RPG avant tout, elle a pourtant commencé avec Tetris sur les WC. La passion (geek, pas les WC) a persisté sur un blog en 2012 avec rien ni personne. Puis, elle a grandi avec de nombreux partenariats et quelques larbins en intérim. Touche à tout, jeux indé/AAA, sauf le sport, les FPS et les MMO (à part SWTOR, une religion de jeunesse), elle poursuit sa route vers la gloire et s'étend même dans d'autres domaines ! Par contre, il n'y a plus de place chez elle : ah les collections !!!

Laissez un commentaire on réagira avec vous!